anticiper un scénario « catastrophe » avant la fin de la validité des avoirs ?

TourMaG.com – Pensez-vous que la Commission Européenne pourrait exiger, de manière rétroactive, le remboursement immédiat des avoirs émis ?

Alain Verwilghen : Je ne crois pas. Evidemment, le commissaire européen justice et droits fondamentaux ne peut pas faire autrement que de défendre les consommateurs. Donc je comprends que pour le moment, il y ait une forme de non-réaction de la part de la Commission, elle se manifestera surement.

Mais en Conseil Européen – où les Chefs d’Etat et les ministres concernés interviennent – je présume que les différents gouvernements feront part de leurs blocages. De plus, en France, l’Ordonnance a été maintenue en référé contre l’avis des représentants des consommateurs.

Et puis, nous sommes confrontés à quelque chose de jamais-vu. Quand on pense que la révision de la directive sur les voyages à forfait de 1990 a commencé en 2007 pour être finalement rédigée en 2015… Personne n’avait prévu une pandémie !

TourMaG.com – Il y a donc un espoir…

Alain Verwilghen : La directive de 2015 a tout de même une « ouverture », au niveau du considérant 40, qui précise que « une protection efficace contre l’insolvabilité ne devrait pas avoir à tenir compte de risques extrêmement ténus, par exemple l’insolvabilité simultanée de plusieurs des principaux organisateurs, lorsqu’une telle couverture aurait une incidence disproportionnée sur le coût de la protection, entravant ainsi son efficacité. En pareil cas, la garantie relative aux remboursements peut être limitée. »

C’est exactement la situation dans laquelle nous nous trouvons et je pense que la Commission doit être en train d’analyser cela.

C’est textuellement ce que l’EGFATT demande : l’introduction d’une limite aux remboursements, un peu comme ont fait les Allemands en fixant une limite de 110 M€ pour un garant et concernant une faillite.

Cela a été le cas de Thomas Cook, qui représentait tout de même en Allemagne une faillite de 400 M€. Et on a vu la réaction d’Angela Merkel qui a non seulement sauvé la compagnie Condor, mais assuré aux consommateurs que l’Etat prendrait en charge tout ce qui dépassait les 110 M€.

Aujourd’hui, il y a une prise de conscience au niveau des fonds de garantie en Europe. Nous nous demandons bien pourquoi nous devrions être les seuls dans notre secteur à assumer une responsabilité complète et indéterminée ?

Partout des mesures ont été prises au niveau européen, notamment dans le secteur financier où la responsabilité maximale est de 100 000€.

Alors, si auparavant on se considérait comme relativement sûr de soi, avec ce qui arrive aujourd’hui, on songe sérieusement à mettre une limite au niveau européen.

Aujourd’hui, nous garantissons tous les fonds déposés, mais imaginez une faillite collective de Thomas Cook et de TUI : il n’y a personne qui peut garantir cela. Nous n’en sommes pas là, mais nous faisons preuve d’une très grande prudence.

TourMaG.com – Y’a-t-il d’autres initiatives pour régler la « bombe à retardement » des avoirs ?

Alain Verwilghen : En Hollande, l’Etat a demandé au fonds de garantie qui a 95% du marché, avec l’ANVR (l’équivalent des EDV aux Pays-Bas, ndlr) de constituer ensemble une banque des avoirs, qui sera gérée par le fonds de garantie. Tout doit être finalisé au plus tard fin octobre.

Cela leur permettra de recevoir de l’Etat hollandais une première tranche de 150 M€, qui seront destinés aux agences ayant émis des avoirs pour leurs clients qui souhaitent absolument être remboursés.

Tout le monde pourra être remboursé, les agences adhérentes au SGR (Stichting Garantiefonds Reisgelden) pourront en faire la demande.

Car c’est ça le grand souci des fonds de garantie, le problème de la couverture des avoirs. Je pense à l’APST, qui a couvert, rien que pour TUI, pour plus 80 M€ d’avoirs. Il est évident que si TUI France venait à avoir un problème…

TourMaG.com – A quel(s) niveau(x) l’EGFATT intervient-elle auprès de l’Europe ?

Alain Verwilghen : Nous nous concertons avec l’ECTAA (le syndicat des agences de voyages en Europe, ndlr), et nous intervenons actuellement auprès de la Commission Européenne et de sa présidente Mme von der Leyen, pour que des mesures soient prises au niveau européen, notamment au sujet des quarantaines.

Nous trouvons absolument insupportable que chaque pays ait une politique différente, pratique une politique des couleurs avec des zones rouges, etc. Nous pensons que cela devrait être pris en main par l’Union Européenne.

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La situation est très difficile, nous ne voyons pas de redémarrage à court terme et nous avons absolument besoin, aussi longtemps que nécessaire, de ces aides d’Etat.



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