pourquoi il faut absolument éviter que le variant anglais ne devienne majoritaire

MS : Pour l’instant, rien n’indique que ce soit le cas : il n’y a pas à ma connaissance et à ce jour pas eu d’étude ayant montré une différence significative de manifestations cliniques des infections par ce nouveau variant. Globalement on n’observe pas de différence en termes de sévérité ou de létalité, ce qui est assez rassurant.

À ce sujet, on a pu entendre et lire à plusieurs reprises ces derniers jours qu’un variant plus contagieux est plus inquiétant qu’un virus plus létal. Il convient de nuancer ce propos.

Une augmentation de transmissibilité est problématique dans le cas où le système hospitalier s’avère incapable d’absorber l’afflux de malades. En effet, plus le virus se transmet facilement, plus le pic de tension hospitalière est élevé. Cependant, si l’on est en capacité de faire face à la vague d’hospitalisations ou si l’on s’intéresse aux conséquences de l’épidémie à plus long terme, les choses sont différentes.

Dans le contexte d’une épidémie telle que celle-ci, dont le nombre de reproduction peut monter jusqu’à 3 (en absence de mesures sanitaires), une augmentation hypothétique de la létalité quantitativement équivalente (environ +50 %) serait en fait plus préoccupante si ce nombre de reproduction dépasse 1,5. En effet, elle engendrerait alors un bilan de mortalité final plus important qu’une mutation portant sur la transmission.

(ndlr : aussi appelé « R effectif », le nombre de reproduction est une estimation, sur les 7 derniers jours, du nombre moyen d’individus contaminés par une personne infectée. Un R effectif inférieur à 1 signifie que l’épidémie régresse)

TC : Dans le cas présent, quel est l’impact attendu de cette augmentation de la transmissibilité sur le nombre de reproduction ?

MS : Les chercheurs de l’Imperial College ont estimé que dans le cas de ce nouveau variant, l’augmentation de la transmission était de l’ordre de 0,4 à 0,7 unité de nombre de reproduction (par rapport aux autres variants circulants).

La question qui se pose est la suivante : est-ce qu’il faut prendre en compte cette augmentation en ajoutant 0,4 au nombre de reproduction de l’épidémie (dans le cas où ce variant est effectivement capable de contaminer de nouvelles classes d’âge, ce qui lui permet d’augmenter de façon « forfaitaire » sa transmission) ou est-ce qu’il faut multiplier ce nombre de reproduction par 1,4 (dans le cas où ce virus est plus contagieux, mais sans avoir nécessairement changé de cible) ?

Si ce point n’est pas simple à trancher à partir des données actuelles, il ne contraint toutefois pas les projections pour la France qui actuellement présente un nombre de reproduction proche d’1 : les deux scénarios sont alors approximativement équivalents.

TC : Où en est l’épidémie dans notre pays ? Que disent les modèles de l’effet possible de ce nouveau variant ?

MS : L’épidémie n’est plus sous contrôle en France depuis une semaine et nous assistons actuellement à une hausse du niveau de circulation virale, avec un nombre de reproduction en croissance et estimé à 1,10 (entre 1,05 et 1,15) au 14 janvier. La propagation est exponentielle, mais plus lente qu’au début du mois d’octobre, avant que les mesures sanitaires ne se renforcent.

Cette hausse s’explique naturellement par l’effet du réveillon de Noël, toutefois plus modéré que ce qui était craint initialement. Mais il reste à estimer celui de la Saint-Sylvestre, qui a pu avoir un effet amplificateur de l’épidémie : les personnes infectées les 24 et 25 décembre étaient contagieuses une semaine après. Un tel effet sur l’actuelle épidémie en progression lente, auquel peut s’ajouter celui de la reprise scolaire et professionnelle de janvier, peut déclencher un net rebond. Si tel est le cas, il sera mesurable dans la semaine à venir.

Pour l’instant, en tenant compte de la sous-détection mentionnée précédemment, le variant anglais ne semble pas encore suffisamment présent pour affecter ledit nombre de reproduction au niveau national. Mais il pourrait changer la donne en deux mois.

Il faut se souvenir que le premier confinement, efficace, mais extrêmement drastique, avec de lourdes conséquences socio-économiques, avait ramené le nombre de reproduction de l’épidémie à 0,7. Si ce nouveau variant augmente le nombre de reproduction de l’épidémie de 0,4 à 0,7, on voit non seulement que le contrôle de l’épidémie est perdu, mais que même des mesures extrêmement coûteuses et stringentes telles que celles mises en place pendant la première vague ne seront plus efficaces. C’est la raison pour laquelle il faut freiner au maximum la progression de ce variant.The Conversation

Mircea T. Sofonea, Maître de conférences en épidémiologie et évolution des maladies infectieuses, laboratoire MIVEGEC, Université de Montpellier

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.



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